https://aplutsoc.org/2026/07/25/de-quoi-le-campisme-est-il-le-nom-vincent-presumey/
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Ce n’est nullement un hasard si c’est l’armée ukrainienne, et pas l’armée russe, qui est choisie par LO comme expression du danger qui nous menace.
Sous couvert « internationaliste », cette Une porte le soutien à Poutine et donc à un seul des « camps » en présence.
Sur le terme « campisme ».
Si le terme « campisme » s’applique au mieux à la période 1945-1991, il n’avait pas, pour autant que je sache, cour.
Selon Bernard Dreano, il fut promu par Fidel Castro dans et à la suite de son fameux discours « funeste et mémorable » du 23 août 1968 à La Havane, où il proclame l’existence du « camp socialiste » pour justifier son soutien à l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie, commencée trois jours auparavant, et donc en fait son soutien à la contre-révolution brejnévo-stalinienne – ce choix du dirigeant cubain devait lourdement peser sur l’histoire propre de Cuba. La notion de « camp socialiste », ou celle plus large de « camp anti-impérialiste », était déjà chez les castristes plus large que celle du seul « bloc soviétique », lequel en faisait, de toute façon, partie, comme son noyau dur en quelque sorte, même si l’on concédait parfois qu’il fallait le secouer un peu.
Cela étant, si vous effectuez une recherche sur les emplois anciens du mot, vous allez tomber sur des pratiques scoutes et de camping !
L’intéressant est de noter que « campisme » en tant que terme politique a été d’abord forgé par les campistes eux-mêmes, quoi qu’ils parlassent plus souvent simplement de « camp » et aplatissaient les notions de solidarité internationale et d’internationalisme sur le soutien au dit « camp ».
Le bon « camp », socialiste et/ou anti-impérialiste, s’opposant avant tout et toujours aux Etats-Unis, est un trait structurel, non seulement politique (au sens de lié à des organisations politiques), mais culturel, qui va rester bien au-delà de la fin du prétendu camp socialiste.
Le sens du mot « campisme » est donc bien, historiquement, soutien à un camp étatique, comportant d’ailleurs surtout, voire uniquement, des dictatures, contre « l’impérialisme » ou contre « l’Occident ». De même que le mot « antisémitisme » fut forgé par Wilhelm Marr pour les ligues antisémites allemandes dans les années 1870 avec le sens explicite de haine des Juifs, le mot « campisme » l’a été par les campistes avec le sens univoque de soutien à un seul camp qui, si sa définition et ses limites peuvent fluctuer, est toujours anti-américain et anti-occidental, et aussi, de plus en plus, « antisioniste ».
J.L. Mélenchon notamment, s’est illustré par son soutien direct à l’intervention impérialiste et contre-révolutionnaire de la Russie, et aux bombardements sur Alep, traitant les insurgés et la population d’ « islamistes ».
Le soutien actif à un génocidaire et à une politique génocidaire à l’origine de 700 000 morts et de millions de réfugiés éclaire d’une lueur terrible la logomachie « insoumise » postérieure sur « le génocide » en Palestine et nulle part ailleurs.
Le faux moment palestinien.
La provocation du Hamas, jusque là complice officieux de Netanyahou qui l’avait favorisé au détriment des courants non islamistes parmi les Palestiniens, a permis au gouvernement israélien d’engager une opération dont le génocide des Palestiniens est l’aboutissement incontournable. La défense des Palestiniens est donc un sujet des plus urgents et des plus importants.
Mais la provocation du 7 octobre ne fut pas un soulèvement national, mais bel et bien une provocation antisémite, pleinement saisie par Netanyahou et dont il est facile de comprendre que le régime contre-révolutionnaire iranien l’a inspirée au Hamas, en trompant d’ailleurs ses miliciens et ses militants qui ont cru à l’offensive finale.
Le premier effet global de la provocation et de sa suite de plus en plus génocidaire donnée par Netanyahou, fut de mettre la résistance ukrainienne en difficulté, tant par les livraisons d’armes en baisse alors qu’elles étaient déjà calibrées pour que l’Ukraine ne puisse pas gagner, que par l’effacement de la troublante question ukrainienne dans les consciences conservatrices de bien des gens « de gauche », et son remplacement par la question palestinienne qu’ils croient connaître et reconnaître.
A toute analyse concrète de la terrible situation concrète créée par le 7 octobre et ses suites, fut substitué un récit éternel fossilisé, où un mal ontologique dénommé « le sionisme » (un mouvement national plein de contradictions et d’antagonismes, combinant colonialisme et migration de réfugiés) se livre à un tout aussi éternel et ontologique « génocide », qui, pour la plupart des « propalestiniens », n’a pas commencé au lendemain du 7 octobre, mais en 1947 voire avant, et qui, ceci est un aspect clef de l’idéologie néo-campiste réactionnaire, est pour eux le seul génocide du monde, un génocide éternel, perpétré par « les sionistes » qui dominent l’Occident et les médias.
La projection des représentations antisémites sur « les sionistes » est transparente mais, comme l’ennemi ontologique soupçonné d’être le pouvoir occulte cause de tous les maux ne s’appelle pas « juifs » mais « sionistes », les antisémites de plus en plus nombreux dans le cadre du néo-campisme réactionnaire prétendent, sincèrement, ne pas être antisémites.
Ayant soutenu les génocides ou menaces de génocides envers le peuple syrien, les Ukrainiens des zones occupées et les Tatars de Crimée, les Ouïghours, ou les ayant ignorés comme ceux qui menacent les Massalit du Soudan et les Peuls et Songhaï au Mali, les militants « propalestiniens » ne connaissent qu’un seul « génocide », celui d’un fétiche nommé Palestine.
Or, il y a réellement génocide en Palestine – destruction de la population de Gaza, épuration ethnique en Cisjordanie – mais la représentation fantasmatique du « génocide » chez la plupart des « propalestiniens » actuels ne permet aucune défense efficace des Palestiniens et sabote celle-ci, car cette défense efficace passerait par des appels aux interventions européennes et des actions internationalistes mettant en avant les organisations groupant palestiniens et juifs-israéliens, comme Standing Together.
Ces mouvements, réellement existants, sont cibles du maxima de haine de la part des « propalestiniens antisionistes », pour qui l’efficacité dans la défense réelle des Palestiniens est le cadet de leur souci.
La composante « antisioniste » prépondérante dans le néo-campisme contemporain permet à la droite, y compris la droite antisémite, de dénoncer les mouvements propalestiniens comme antisémites, et de soutenir la politique génocidaire de Netanyahou, et ces attaques, selon une logique binaire classique, confortent les militants « antisionistes » dans leur certitude d’être des modèles de vertu persécutés, des victimes du « système » dont ils ne comprennent pas les ressorts.
C’est pour toutes ces raisons que j’appelle ici le moment ouvert par le 7 octobre le « faux moment palestinien ». Il y a une lutte réelle, nationale et démocratique, des Palestiniens, dont la forme principale est celle des gens qui restent sur place ou reviennent quand ils peuvent et s’efforcent de survivre et de résister, mais pour le plus grand malheur du peuple palestinien, le mouvement « propalestinien », acritique sur le Hamas (à la différence du mouvement pro-ukrainien tout à fait capable de critiquer Zelensky, qui n’a pourtant rien à voir avec le Hamas), ne défend pas les Palestiniens réellement existants.
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#campisme #ukraine #palestine #standingTogether