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mollette @mollette@mollette.vivaldi.net · Jan 31, 2026
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Police et Piñata

Ce matin, le ministre de l’Intérieur, ex Préfet de Police de Paris, Laurent Nuñez, a annoncé avoir demandé au Préfet du Haut Rhin de « saisir la justice pour déterminer les responsabilités des protagonistes », dans une affaire de très haute importance qui mérite de mobiliser un ministre, un préfet, des enquêteurs, un procureur, et potentiellement un tribunal judiciaire en guise d’apothéose.

Cette affaire quasi terroriste est en réalité non pas de très haute importance, mais de très haute stupidité : des jeunes étudiants de la Haute Ecole des Arts du Rhin ont créé un évènement (dont on ignore totalement le contexte), au cours duquel ils ont détruit une voiture de police en carton à coups de bâton, sous les rires et les encouragements des étudiants spectateurs.

Le ministre Nunez précise « Commis par des étudiants dans une école publique, ces faits sont d’autant plus choquants. Il ne faut pas laisser passer cette idéologie anti flics. »

Il faut donc comprendre que des faits de nature « idéologique » commis dans une école publique seraient plus graves que s’ils étaient commis au Lycée Stanislas (lol). Le financement par l’argent public serait ainsi une composante de l’indignation nationale, comme si les élèves du public devaient afficher une particulière obéissance idéologique, en contrepartie de leur appropriation de nos impôts, notre sueur, notre sang.

Précision inquiétante, qui décrédibilise à elle seule la mise en scène de l’outrance ministérielle. (Au passage, message aux écoles privés qui vivent toutes des financements publics : rendez l’argent !)

Mais revenons à la pinata de la discorde.

1/ Personnellement, n’étant pas informée du contexte et du sens de la chose, j’ai tendance à trouver l’idée idiote. De même que je comprends que les syndicats de police s’en émeuvent. Si on m’apprenait qu’on a trouvé comique de taper avec une batte de baseball sur une sculpture d’avocat en pâte à sel, je serais chonchon renfrognée. Là n’est pas la question.

Mais le Ministre ?!

Il peut déplorer s’il le veut, mais par pitié, qu’il laisse la justice, les étudiants, et cette école tranquilles.

Où est l’infraction ? Quelle est la qualification juridique des faits ? Doit-on désormais, quand on est élu politique ou représentant de l’Etat, réagir systématiquement dans le registre émotionnel, ou dans le registre de la communication et se comporter comme une lessive en campagne publicitaire ?

A-t-on encore le droit en France d’avoir des idéologies, anti viande, anti droite, anti gauche, anti-avocats, anti flics, antifa, anti tout, de les mettre en chansons, en symboles en carton, en pinata, en ce qu’on veut, y compris en sculptures de mauvais goût, dès lors qu’on ne commet aucune violence sur des individus ni même sur le bien d’autrui ? Ce n’est pas interdit que je sache.

Quelqu’un, chez les adultes, se souvient-il encore des carnavals où l’on brûle le roi et la reine, et du caractère hautement utile de la transgression symbolique qui permet d’exprimer la colère, et évite le désagrément d’avoir à tuer pour de bon des flics ou des rois tous les ans.

Autrement dit, de quel droit interdirait-on l’idéologie à ces étudiants ?

Que l’on soit étudiant ou ministre, jeune ou vieux, intelligent ou chroniqueur sur CNews, nous avons tous le droit d’avoir des positions idéologiques.

On a aussi le droit le plus absolu de ne pas aimer les flics, c’est vieux comme Mathusalem, ce n’est pas près de s’arrêter et heureusement, c’est une composante du rapport à l’autorité.

En revanche, la seule idéologie qui devrait être farouchement combattue, car celle-ci est interdite, c’est l’idéologie qui s’infiltre dans les institutions de l’Etat.

Les individus peuvent avoir des idéologies, pas les institutions publiques.

Raison pour laquelle un ministre de l’Intérieur devrait traiter comme des problèmes de très haute importance les études qui montrent que la Police est noyautée par l’extrême droite, ou que les contrôles au faciès sont plus que jamais pratiqués, ou encore que des collectifs de policiers montent des groupes whatsapp pour diffuser des propos racistes et inciter à la haine raciale au sein du cercle professionnel.

Ça, ce sont des idéologies illégales, qui imposent de saisir la justice « pour déterminer les responsabilités de chacun des protagonistes ».

2/ Mais surtout, on aimerait tellement que le Ministre soit choqué au point de se poser les questions qui s’imposent comme un éléphant au milieu de la figure :

Pourquoi les étudiants d’une école d’art ont-ils eu cette idée ? Pourquoi des pans entiers de la population ont-ils envie d’applaudir ? Pourquoi les gens détestent ils la police à ce point de quasi non-retour ?

Pas un de vous, Messieurs les ministres de l’Intérieur qui vous succédez sur le poste, n’abordez la seule question qui vaille : Pourquoi ?

Pourquoi par exemple une personne comme moi, parfaitement insérée, blanche, mûre (j’ai pas dit vieille !), non délinquante, sans problème apparent, a-t-elle un réflexe automatique et irrépressible de peur quand elle croise des policiers dans la rue ?

C’est tout de même un sérieux problème qui mérite d’y réfléchir.

Mais ne nous emballons pas.

L’humeur du moment n’est pas à se poser des questions.

Le Ministre veut des coupables de lèse-police par usage de pinata, tandis que de nombreux élus défilent aujourd’hui même avec les policiers en manif contre le laxisme de la justice. Cette même semaine, d’autres élus ont imaginé de promouvoir une proposition de loi de présomption de légitime défense au profit de la police. C’est beau tous ces élus qui participent collectivement à une nouvelle idéologie à la mode : dégommer l’état de droit et la séparation des pouvoirs.

Comme si nous n’avions pas sous les yeux, pile poil en ce moment, des exemples glaçants de dérives de polices en roue libre dans le monde ?

3/ Enfin, ce sera le dernier constat que je tire de cette affaire ridicule, j’observe qu’on s’en prend encore aux étudiants, et sur un plan général aux jeunes.

Vous n’en avez pas marre, les adultes, de les emmerder à longueur de temps.

Ils sont par nature redevables, ils doivent toujours quelque chose à leurs aînés, à la nation, à tout le monde. Ils sont disqualifiés en permanence : nuls, ignorants, paresseux, ingrats, abrutis par les écrans. On les veut intelligents mais attention, il ne faut pas qu’ils pensent, ils seraient fichus de devenir fous furieux et de taper sur des voitures de police en carton dites donc.

On les fout en garde à vue quand ils manifestent, on leur pourrit le parcours scolaire et universitaire faute de moyens, on passe notre temps à leur parler de la retraite qu’ils n’auront pas, du monde en déclin dont ils subiront la fin, de la guerre qu’on leur promet un jour ou l’autre.

Puis on déplore qu’ils ne veuillent plus faire d’enfants (des enfants non bruyants bien-sûr) pour faire tenir encore un peu plus longtemps le système en place. On vous l’avait dit, ce sont des ingrats !

Eh bien … FUCK, a-t-on furieusement envie de dire avec eux, à coups de bâtons dans une pinata.

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mollette @mollette@mollette.vivaldi.net · Jan 14, 2026
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Rendez nous le sens du ridicule !

Je suis fascinée, vraiment, par les gens qui n’ont pas de surmoi et qui peuvent étaler leur sottise et leurs ridicules, sans ressentir la moindre gêne, avec la fierté du petit enfant qui a peint une tache jaune délavée en forme de crotte et la montre à tout le monde en proclamant que c’est un lion qui court dans la savane.

Le petit chef médiocre qui ennuie tout le monde avec ses vantardises, le pseudo scientifique qui s’invente un titre et s’approprie le travail des autres, le toutologue qui court les medias pour servir de bouche-trou sans avoir la moindre connaissance des sujets abordés, l’intellectuel périmé qui débite ses analyses insignifiantes sans se rabougrir sur son siège quand il est confronté à une contradiction implacable … il y en a tant.

Ces gens n’ont honte de rien. Ils prennent les sourires pour des encouragements. Ils sont imperméables à l’ironie, aux moqueries, au doute, et indifférents à la vérité. Ils se soutiennent entre eux. Ils ont parfois les moyens de s’entourer de courtisans suceurs qui recouvrent les dissonances de leur salive. Ils ne voient que ce qu’ils veulent bien voir.

Que la vie doit être confortable pour ces personnes !

Personnellement, je porte encore les croix de mes innombrables instants de malaise qui ne se dissipent jamais. J’aimerais rejouer les scènes ratées pour être moins nulle que je ne l’ai été sur le moment. La honte reste toujours aussi cuisante avec le temps. Il y a des camions d’exemples, ça commence dès l’enfance et ça se déploie tout au long de la vie. Les fois où j’ai menti et je me suis fait gauler. Les fois où j’ai voulu compenser ma médiocrité par de l’humour qui est tombé à plat. Toutes les fois où j’ai été empotée, à côté de la plaque, ignorante, incapable de me mettre au diapason de l’humeur d’un groupe. Toutes les fois où j’aurais pu envoyer une réponse bien sentie qui ne m’est venue que le lendemain. Etc. Ad libitum et ad nauseam … J’ai le surmoi aussi envahissant qu’un bouton d’acné après l’adolescence.

Alors vous pensez bien que j’envie un peu ceux qui restent inébranlables en toutes circonstances, contents d’eux et fiers de leur bêtise.

Mais les temps changent.

Les amputés du surmoi se sont multipliés au point que cela devient gênant.

Comme si on assistait à un déstockage massif, un lâcher de Tartarins, mais pas les mêmes qu’avant, des spécimens augmentés, insupportables et de plus en plus dangereux, comme des frelons asiatiques mutants.

Il me semble que tout a commencé avec les réseaux sociaux. On a vu débarquer des bandes de pingouins prétentieux, rivalisant de bêtise, prêts à tout pour décrocher la palme du roi des cons.

Puis il y a eu les chaînes d’information en continu, des heures et des heures de vide à remplir. On a laissé se déverser des armées de pantins se donnant de l’importance en débitant des torrents de superficialité et d’approximations. On a ouvert un PMU géant.

Il est devenu habituel donc tolérable de voir des gens médiocres, paresseux, ignorants. Pris en flagrant délit de bêtise, en train de mentir, ou de se contredire, ou de se tromper grossièrement, sans que cela n’engage à rien.

Désormais les ridicules se succèdent trop vite, ils se mondialisent, et ça n’imprime plus. Quelques jours, parfois quelques heures de moqueries, des petites indignations sans conséquence, sans comptes à rendre. La mode de la démission honteuse est passée, le profil bas n’est pas instagrammable. Ceux qui ont failli restent en poste, restent dans le poste, plus arrogants que jamais. La mémoire collective est devenue très courte.

Depuis quelques mois, le niveau monte.

Un ancien Président de la République écrit un livre après 20 jours de détention en se comparant à Dreyfus. C’est d’une stupidité sans nom, c’est littéralement risible, mais il entame une tournée triomphatrice pour le dédicacer.

Un ancien Ministre de l’Education Nationale se vante d’écrire des chansons, qu’il vient présenter dans les médias alors que les paroles sont pompées sur un poème de Rimbaud et la voix modifiée par IA.

Le président corrompu d’une fédération sportive invente un prix de la paix du football pour le décerner en grande pompe à un Chef d’état voyou.

Ledit Chef d’Etat voyou relève par ailleurs chaque jour un peu plus le niveau du What the fuck planétaire.

Le monde entier devrait se moquer de ces zozos, les noyer sous les quolibets et les expulser d’une pichenette. A dégager. Game over. Next.

Nous devrions en rire, mais nous rions de moins en moins.

Des foules se massent autour des zozos pour les défendre, les flatter, les applaudir, normaliser leurs âneries, en redemander davantage. Les courtisans suceurs de glands se bousculent au portillon. La majorité silencieuse commence à prendre peur. Les gens capables de développer une pensée complexe arrivent trop tard, on ne les invite même plus, et ils sont inaudibles dans le PMU de l’Enfer.

C’est insensé.

Il faut réhabiliter le sens du ridicule.

On dit que le ridicule ne tue pas. C’est bien ça le problème. A ce stade, nous pourrions très bien supporter que le ridicule tue quand il est porté à un tel niveau. Un foudroiement immédiat, couic, finito le culbuto.

En attendant, nous aimerions au moins que le ridicule continue à faire rire et qu’il ne fasse plus peur.

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