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La Mauvaise Conduite
C'est pendant les vacances que le gouvernement en profite pour faire passer par décret les pires saloperies, ce n'est pas nouveau.
Prenons le décret, majoritairement salué par la droite et même par une partie des enseignants, qui autorise les écoles à changer un élève d'établissement si ses parents se conduisent mal. Outre son injustice fondamentale, ce décret me paraît rompre avec un principe essentiel : dans un État de droit, on ne fait pas payer aux enfants les actes de leurs parents. Pas plus qu'on ne fait payer aux parents les bêtises de leurs enfants, par exemple en leur supprimant les allocations familiales.
Je suis donc vent debout contre ce texte. D'abord parce que la sanction frappe la mauvaise personne, ensuite parce que la notion même de « mauvaise conduite », telle qu'elle est formulée, est d'un flou absolu. Où s'arrête la contestation légitime d'une décision ? À partir de quel moment un parent un peu véhément, une plainte insistante ou un conflit avec l'administration deviennent-ils une « mauvaise conduite » justifiant de changer un enfant d'établissement ?
Un texte aussi imprécis ouvre inévitablement la voie à des interprétations arbitraires et lorsqu'il s'agit des droits d'un enfant, c'est tout ce qu'on veut sauf un détail.
Je vais prendre un exemple personnel.
Quand le Grem était petit, j'ai eu une engueulade galactique avec une psy et son institutrice. Elles étaient en train de m'expliquer, la bouche en cœur, que son AESH allait être « redéployée » auprès d'une petite fille atteinte d'un cancer. Traduction de la novlangue administrative : le Grem aurait moins de cours. Voire plus de cours du tout. J'ai rétorqué que j'avais dument noté la tentative de culpabilisation et le pathos C'est atroce, en effet, une enfant de cet âge atteinte ainsi. Mais le cancer de cette gamine n'était pas plus de la responsabilité du Grem que son autisme n'était de la responsabilité de cette petite. Leur problème d'effectifs n'était ni le mien ni celui de mon fils. Démerdassek mais sans déshabiller le Grem pour vêtir une petite cancéreuse.
Au cours de la discussion, l'instit' m'explique aussi qu'elle n'ose pas dire non au Grem parce qu'il "risque de faire une crise"*. Je lui réponds que, depuis Chamberlain, on sait quand même ce que donnent les politiques de l'apaisement à tout prix. Bon, d'accord, ce n'était pas la comparaison du siècle. Ni pour l'instit', ni pour le Grem. Étonnamment, elles l'ont assez mal pris. La psy m'annonce alors d'un ton pincé que j'ai « un problème avec l'autorité ». Je lui réponds que moi, avec l'autorité, j'ai exactement zéro problème. C'est même un des outils de base de mon métier de prof et de mon rôle de mère. En revanche, elles, avec leurs compromis mouligasses, semblaient nourrir une relation franchement compliquée avec le mot « non ».
Je suis partie en claquant la porte, après leur avoir annoncé qu'on se reverrait dans Sud-Ouest. Ce qui est effectivement arrivé et j'ai obtenu gain de cause.
Alors, dites-moi : à quel moment serais-je devenue une « mère problématique » au sens du décret ? Quand j'ai élevé la voix ? Quand j'ai claqué la porte ? Quand j'ai contesté des professionnelles ? Quand j'ai annoncé que j'allais saisir la presse ? Je n'ai menacé personne. Je n'ai frappé personne. Je n'ai insulté personne (enfin Chamberlain, c'est debattable^^). J'ai simplement refusé de me laisser culpabiliser et utilisé le seul rapport de force dont je disposais.
Parce que c'est ça, le problème. La « mauvaise conduite », c'est quoi ? Être désagréable ? Grande gueule ? Insistante ? Contester une décision ? Menacer de médiatiser une affaire ?
Si le texte est incapable de tracer une frontière claire, alors cette frontière sera dessinée à l'humeur du chef d'établissement, de l'inspecteur ou du rectorat.
Et c'est précisément pour ça que ce décret est dangereux. Pas parce qu'il permettra de sanctionner les parents réellement violents, ceux-là, on dispose déjà de moyens légaux pour les traiter. Non, mais parce qu'il permettra aussi de faire payer la note à des gamins dont le seul tort sera d'avoir des parents chiants, procéduriers, gueulards... ou simplement pas assez dociles.
- En fait, non, le Grem ne fait de crise que si c'est pas prévu dans le cadre (et on voit le genre de cadre qu'elles promouvaient, les sans-épines-dorsales. )
La vieille Anglaise et le Continent et le retour d'âge
Parmi les critiques récentes * de La Vieille Anglaise et le Continent, même les plus élogieuses, revient très souvent une même remarque à propos du couple formé par Ann et Marc. Beaucoup de lecteurs évoquent le malaise que leur inspire cette relation. Et c'est très bien, parce que c'était exactement l'idée.
En 2008, le couple Macron était inconnu (et quoi qu'il en soit, Marc n'est pas Manu : il a déjà vingt-cinq ou trente ans lorsqu'il couche avec Ann). Alors pourquoi avoir imaginé cette histoire de vieille professeure et de jeune ancien élève ? D'abord pour renverser la situation habituelle, celle de l'homme mûr et de la jeune femme, qui m'avait tant écœurée pendant mes années d'université. Pendant toute ma fac, j'avais vu des enseignants séduire leurs étudiantes. Elles étaient majeures, certes, mais, à mes yeux, un professeur ne devrait tout simplement pas coucher avec ses élèves. Point barre.
Ensuite parce que je ne voulais justement pas écrire une histoire à thèse, Marc et Ann sont les protagonistes du roman, pas ses héros. Je ne leur distribue ni auréole ni cornes. Tous deux ont des raisons d'agir, des blessures, des aveuglements, des torts. Ils franchissent des limites éthiques qui me mettent profondément mal à l'aise. Ann est une meurtrière même s'il y a prescription, Marc, lui, n'est ni une victime pure ni un jeune premier innocent. Il est adulte, il fait des choix, parfois discutables eux aussi. Je voulais que le lecteur soit constamment tiraillé, qu'il comprenne chacun sans être invité à l'absoudre.
Cette ambiguïté était délibérée, ce qui m'intéressait n'était pas de désigner un monstre et un saint, mais d'explorer une relation où les rapports de pouvoir, le désir, l'admiration, le ressentiment et la liberté individuelle s'entremêlent sans jamais produire une réponse confortable. Si le lecteur referme le livre avec un malaise plus ou moins prononcé, incapable de décider qui il devrait condamner ou défendre, alors j'ai sans doute obtenu ce que je cherchais... ... plus ou moins consciemment.
- Oui parce que c'est rigolo, hein, la vie : en 2008 je ne crois pas qu'iels aient été très nombreux (ses) à soulever ce point. Ou alors, juste pour dire "ouh, c'est vraiment exceptionnel comme cas^^)
Mais le meilleur, c'est quand le gars, d'une grosse voix bien pompeuse, se lance dans une série de thèses hardies. Il se met même à affirmer : « Il y a UNE règle en littérature... »
Alors déjà, quand quelqu'un commence une phrase par « il y a une règle en littérature », j'ai toujours envie de regarder derrière moi pour voir si Aristote, Flaubert, Proust, Joyce, Borges, Le Guin Woolf **et quelques autres ne sont pas en train de tenter de piquer le coca fraise des jeunots pour s’étrangler avec...
Le voilà donc qui prétend savoir ce que je voulais faire, décrète que je me suis viandée, affirme que le background ne sert à rien... Qu'on soit bien clair : qu'un critique dise « je me suis ennuyé », « je trouve que ce background ne fonctionne pas », « cette écriture n'est pas pour moi », aucun problème. C'est son boulot, c'est le jeu. Mais affirmer savoir ce que je voulais faire... non. À moins d'avoir un abonnement premium à mon inconscient, il n'en sait strictement rien. Et même si je l'avais expliqué noir sur blanc, la littérature est remplie de livres qui dépassent largement les intentions de leurs auteurs. Et alors ce « le background ne sert à rien »...
Quand bien même, NON. LA (putrin de ) règle en littérature, ce n'est certainement pas que rien ne doit être inutile. Ça, c'est une obsession de certains manuels de scénario, où chaque scène doit pousser l'intrigue comme un wagon pousse le suivant. La littérature, elle, peut prendre son temps, une description peut exister pour installer une atmosphère, un détour pour donner de l'épaisseur à un personnage, un morceau de background simplement pour donner au monde une profondeur que le lecteur ne remarquera peut-être pas consciemment, mais qu'il ressentira. Il y a des pages qui ne servent pas à faire avancer l'histoire, elles servent à faire exister le livre et ses personnages. Pour le reste, j’ai pas eu le courage d’écouter le machin jusqu’au bout, même mon masochisme rencontre ses limites parfois. Bref.
Je sais bien qu'on me dira : « Quand on publie, on accepte la critique. » Évidemment. (Genre, on est bien obligé, hein ? ) Mais accepter la critique ne signifie pas être condamné à trouver intelligentes toutes celles qu'on reçoit.
J'assume donc parfaitement mon droit fondamental d'autrice à penser que certains critiques racontent parfois des conneries absolument galactiques avec un aplomb qui force presque l'admiration. Et je vous emmerde.
- OK, je suis aucun des quatre, et je prétends pas mais shit. ** OK, je suis aucun des six non plus.
Non, connard, connasse, ce n'est pas "une mode".
Une mode, c'est le retour du pantalon taille basse ou de la coupe mulet.
(Dieu nous en préserve.)
Ce qui se passe aujourd'hui quand toutes ces femmes accusent enfin des hommes puissants de viol, ce n'est pas "la mode"...
c'est la révolution.
Et c'est précisément ça qui t'emmerde.
Bon, la bonne nouvelle, c'est que le Guéridon et moi , on a sauvé la couleuvre magnifique qui s'était horriblement entortillée dans le filet de l'enclos des poules.
La mauvaise, c'est qu'il va falloir changer ce foutu filet, j'ai pas envie de passer mes soirées à essayer de sauver des gens à poils, plumes ou écailles, au ciseau à ongles.
(surtout qu'ils sont souvent moyen certains qu'on les sauve et ça mord assez fort une couleuvre^^)
Michel Onfray, avec la finesse et l’analyse qu’on lui connaît ces dernières années jette ses anciens collègues sous le bus avec des clichés qui étaient déjà plus éculés que des caligae lorsque ma grand-mère est entrée à Fontenay-aux-Roses en prépa.
(Oui parce que je sors d’une famille de profs à 8 quartiers, on a la noblesse qu’on peut et celle-là ben je la renierai pas).
Il y a en particulier un de ses « arguments » qui m’énerve tout particulièrement depuis genre... toujours :
Le sketch du prof qui « fait le même cours depuis sa sortie de l’IUFM* », c’te feignasse.
Ce qui me stupéfie dans cette critique marronnière », c'est qu'elle semble ne s'appliquer à absolument aucun autre métier.
Genre ma banquière va changer son formulaire de prêt, tous les six mois, c’est plus fun.
Et les maçons : construire encore des murs en 2026 ? Quel manque de créativité, un vrai professionnel devrait inventer un nouveau concept de gravité tous les deux ans.
Les médecins ? Vous n'allez pas soigner des angines toute votre carrière quand même ? Un peu de sérieux, au bout de vingt ans, il serait temps de proposer un organe inédit ou une nouvelle forme de boyau, en variant les formes et les couleurs.
Les musiciens ? Ah non, ça va pas du tout. Un pianiste qui joue encore Mozart après trente ans de métier ? Quel glandeur ! Il n'a qu'à inventer une nouvelle gamme de notes tous les matins.
Et puis les écrivains, n'en parlons pas. Toujours les mêmes vingt-six lettres. Franchement, où est l'effort , le mérite, le défi ?
Le plus con, c'est que les mêmes qui se moquent du « même cours » sont souvent les premiers à exiger de l'expérience et à râler parce qu’on a balancé un stagiaire (école) ou un interne (médecine) à leur bébé.
Moi, je croyais bêtement qu’en réalité on attendait d’un professionnel qu'il ait fait son métier suffisamment longtemps pour savoir ce qu'il fait.**
Oui, j'explique encore ce qu'est une métaphore (et j’aime ça, et c’est ma joie). Comme mon collègue de maths explique encore Pythagore. Comme un prof d'histoire parle encore et toujours de la Révolution française. Comme un moniteur d'auto-école explique encore où se trouve la pédale de frein. ***
Une des différences déjà, c'est qu'en face, ce ne sont jamais les mêmes élèves.
Car malheureusement, oui, avouons-le, les élèves ont la fâcheuse habitude d'intervenir dans le processus. C'est très gênant pour la reproductibilité industrielle du produit. Une classe de 2005, une classe de 2015 et une classe de 2025, c'est trois planètes différentes. Les références changent, le vocabulaire change, les difficultés changent, les programmes changent, les outils changent. Même les œuvres changent. Donc si j’avais voulu faire le MÊME cours qu’à l’IUFM toutes ces années-là, il m’aurait fallu des prodiges d’inventivité vachement plus éreintants que remettre tout à plat from scratch. Il faut parfois une énergie titanesque pour parvenir à rester immobile. Et puis on se fait chier. Forcément.
Et si faire toujours le même cours était si facile, il suffirait d'enregistrer une vidéo une bonne fois pour toutes et de fermer les établissements. On a essayé pendant le COVID, ça n’a pas rencontré une adhésion nationale, il me semble.
Il y a un vieux fantasme qui consiste à croire qu'un cours est un objet. Un truc qu'on sort d'un tiroir comme une vieille chaussette, propre, repassée mais un poil trouée quand même.
En réalité, un cours, c'est une conversation de 55mn renouvelée toutes les heures de votre vie de prof, avec trente êtres humains dont quinze ont mal dormi, cinq sont amoureux, trois sont en guerre contre l'univers, leur mère, leur père, le voisin et le reste, deux ont oublié leur trousse et un est persuadé que Napoléon a combattu les dinosaures avec un sabre laser prêté par Katniss.
Si quelqu'un pense qu'on peut faire exactement le même cours dans ces conditions pendant quarante ans, je l'invite cordialement (dans son cul) à venir essayer.
Je lui prête même ma place.
Juste après les corrections, parce que les copies, elles aussi, ont l'insolence d'être différentes chaque année. Quelle absence de professionnalisme de leur part !
* Ou l’ESPE si vous n’êtes pas un dinosaure.
** Mais bon, prof est aussi le seul métier que je connaisse où tout le monde sait mieux que le professionnel.
*** Je sais pas comment font ces gens, je serai moniteur mon pied serait calé à mort sur la pédale de frein justement et on démarrerait jamais, je connais mes élèves.
Le problème quand on a une friend list francophone internationale, c'est qu'on risque de se retrouver à manifester à Bruxelles parce qu'on a cru que Macron venait de rajouter deux heures aux profs français.
Et puis au bout de dix minutes on réalise qu'en fait on est en train de protester contre une réforme de l'enseignement flamand, qu'on ne comprend pas un mot des slogans, et qu'on ne reconnaît même pas le ministre de l'Éducation nationale.
(Ce qui n'est pas vraiment un indice probant, non plus )
Aujourd'hui, enfonçons des portes ouvertes
(par les mascus)
Les gens, des mecs, mais aussi parfois des femmes :
« Ahlàlà ces filles frivoles qui claquent un pognon de dingue en maquillage, fringues et soins, quelles michtos! »
(Ben oui ça coute la façade)
(Et toi , ton après rasage mennen, ta crème nivea, dans le meilleur des cas, on parle du budget "prez" de chacun pour un date ?)
Also les mêmes :
« Ahlàlà ces féministes qui se maquillent pas, se rasent pas, prennent pas soin d’elles. Si une femme se laisse aller, faut pas s’étonner qu’on la trompe. »
(les mecs, s'ils viennent douchés, c'est déjà Byzance, sans parler de ceux qui ont décidé récemment que se torcher les fesses, c'était gay)
Donc, récapitulons :
si une femme fait des efforts esthétiques, elle est superficielle et forcément intéressée parce qu'il va falloir financer tout ça ;
si elle n’en fait pas, elle est négligée.
PRENDRE SOIN DE SOI, NE PAS SE NÉGLIGER, n'est pas pour ces gens une question de rechercher son bien-être ni de faire les choix qui nous correspondent...
mais bien "se rendre désirables" POUR LES AUTRES.
Combo, Well done.
France :
-- Hiiii UN cobra ! Bouclons tout le département !
Inde :
-- Hein ? 😳
Australie :
-- So cute. ❤
Aujourd'hui, je suis comme une truie qui doute, comme un cochon nain vietnamien de 100 kg (oui, c'est nain, mais un grand nain) considérant un tantinet soi peu la situation historique et je la trouve plutôt floue...*
*(je suis au courant que cette phrase est au bord de la rupture syntaxique)
Bon credi à toustes
Mes gasconnismes
« T’es quelqu’un, toi »
Dans le Sud-Ouest, « T’es quelqu’un, toi » ne veut pas dire que tu vas entrer au Panthéon, cerné par des chats en faux plaqué or faux égyptiens, et/ou accompagné par la belle voix grave d'André Malraux.
Ça signifie : « Ah ben faut quand même oser. »
Le type débarque en retard, vide le frigo, critique le confit, se plaint que c'est du foie de canard et pas d'oie, pour finir par exiger un café ?
« T’es quelqu’un, toi. »
C’est un faux compliment typique, tout enrobé de sucre, tout fourré au fil barbelé , une marmotte homicide dans du papier alu blindé.
Parce qu’en gascon, on adore rappeler aux gens qu’ils prennent un peu trop leurs aises… poliment, tout en admirant secrètement qu’ils aient eu le culot de le faire.
Le plus beau, c’est que selon le ton, ça peut vouloir dire exactement l’inverse : moquerie, affection, admiration ou menace diplomatique. Une phrase où on peut te féliciter et te remettre à ta place dans le même shot.
Accessoirement, ça m’a toujours plongée dans de larges abîmes de perplexité qu’on puisse simplement reprocher leur existence aux gens.
« T’es quelqu’un, toi. »
Oui. En effet. Je ne suis ni un paillasson ni un gratte-bottes.
Mais bon, c'est moi, con.
Les beaux, les riches, les célèbres, les puissants violent. Sans doute plus que les pauvres, les laids, les faibles.
Parce qu’à force qu’on leur déroule le tapis rouge, qu’on dise amen à leurs moindres désirs, ils finissent par prendre le « non » pour une insolence insupportable. On leur a tellement appris que tout leur était dû qu’un refus devient une humiliation, une attaque contre leur petite divinité personnelle. Comment ça, toi, simple mortelle, la nobody du coin, la femme de ménage, la masseuse, la maquilleuse, tu oses leur résister ? Mais t'es qui ?
Et puis surtout, ils savent très bien que le monde les couvrira : l’argent, le prestige, les fans, les copains bien placés, les ex-femmes tenues par les pensions, tout ce joli système qui transforme leurs saloperies en « dérapages », qu’on balaie ensuite bien soigneusement sous le tapis.
Rouge.
Nature vivante :
Border collie aux glaïeuls sauvages
#dogsofmastodon
Le banquet de Jeanne A Debats
Le jeune Mascupastoutàfait vient de nous faire une déclaration fracassante selon laquelle les femmes sont toutes des michtos, ou des frigides ou des frigides michtos. (Sans compter celles qui ont des cheveux bleus qui sont toutes lesbiennes et frigides). Ce faisant, il vient d'obérer sérieusement ses chances de sortir avec l'une de ses camarades au bal de promo, je dis ça je dis rien, et j'ai pas soulevé ce point crucial, il verra bien.
En attendant la classe espère de ma part les foudres de Zeus, le rappel à l'article 225-1 du code pénal (avec trémolos dans la voix), bref mon cinéma habituel quand le cas se présente ça ricane déjà dans les coins.
Mais je suis fatiguée, ou pas assez alors :
Moi au jeune Mascupastoutàfait :
-- Reprenons au début M., peux-tu penser qu'on soit amoureux de quelqu'un qu'on méprise ?
Le jeune Mascupastoutàfait (sentant la merde venir) :
-- Ben non, mais...
Moi au jeune Mascupastoutàfait :
-- Donc tu penses qu'on aime vraiment quand on respecte quelqu'un ?
Le jeune Mascupastoutàfait (sentant la merde venir) :
-- Oui...
Moi au jeune Mascupastoutàfait :
-- Or, tu viens faire profession devant la classe de mépriser les femmes ?
Le jeune Mascupastoutàfait (sentant la merde venir) :
-- Oui...
Moi au jeune Mascupastoutàfait :
-- DONC les seules personnes que tu pourrais raisonnablement aimer ce sont tes potes ?
Le jeune Mascupastoutàfait (sidéré par l'arrivée inattendue de la merde) :
-- Hein ?
La jeuneXantippe :
-- Madame Debats te demande si tu as considéré l'homosexualité comme solution à ton problème avec les femmes ?
OK, mec, Pas tous les hommes.
Imaginons, donc,
a) On te balance nu dans une pièce fermée, avec des femmes légèrement pompettes.
Quelle est ta première angoisse ?
Qu’est-ce que tu imagines qu’il est fortement possible de se passer ?
b) Et puis ensuite, juste pour le fun, on balance une femme nue dans la même pièce fermée, avec des mecs un peu allumés.
Qu’est-ce qu’elle va ressentir ?
Qu’est-ce que tu imagines qu’il est fortement possible de se passer ?
Je vais te le dire :
Toi, tu auras peur d’être ridicule. Et n'importe qui se demandera quel accident il t'est arrivé.
Elle, elle aura peur pour sa sécurité, voire pour sa vie. Et n'importe qui, pensera qu'elle s'est mise toute seule dans cette situation de merde.
See what I mean ?
Après l’affaire Pélicot, on pensait avoir touché le fond de la crasserie masculine. Elle était “parfaite” dans son horreur : aucune zone d’ombre réelle, aucun contexte permettant de minimiser, un coupable sans circonstances atténuantes possibles, des complices formellement identifiés par la police. Enfin le cas concret, dégueulasse, qui ne devrait souffrir aucune discussion, aucune attaque contre la victime.
Et pourtant, combien de gens doutent encore de la non-complicité de Gisèle Pélicot à son propre drame ? Combien mettent en doute sa bonne foi ? Et combien sont même capables de lui reprocher de “faire de l’argent” avec son histoire ?
Comme pour toutes les femmes violées, on retrouve les mêmes mécanismes : déni, renversement de culpabilité, transfert de culpabilité vers les proches qui n’ont rien vu, rien ditet/ou rien fait (voir les parents de Haenel et Godrèche), accusation de recherche d’attention ou d’argent. Et des salopards, pas un mot pour les condamner.
Toute l’énergie est consacrée à déplacer le regard, à salir la victime, à rendre discutable ce qui ne devrait pas l’être, pendant que les agresseurs disparaissent du champ du discours.
Et on pensait que c’était le pire. Sauf que Dominique Pélicot et ses complices ne sont pas un cas unique. Maintenant, on le sait depuis que CNN a mis en lumière ce qu’on appelle la “rape academy”. Et comme pendant le procès Pélicot, ça monte au créneau pour décrédibiliser les victimes, diminuer l’importance des faits : “ouais mais les chiffres sont pas bons”, “des vues ne sont pas des visites” (et que sont des vues sans signalement à la police, mhm ?), “il n’y a pas de site global organisé autour de ça, mais ‘juste’ de petits forums cachés (pas trop hein ?)”. Cette manière de chipoter sur les mots, sur les catégories, sert exactement le même objectif : éviter de regarder l’ampleur du désastre.
De fait, si le phénomène est diffus au lieu d’être concentré, il est bien plus inquiétant, et cela en dit très très long sur ce que les femmes peuvent attendre du monde des hommes.
Pas les hommes immigrés OQTF si chers à Némésis, n’est-ce pas ? Juste leur père, leur frère, leur mari, leur pote, leur concubin, soit les hommes de leur vie.
Cela signifie que l’on n’est pas face à un phénomène isolé, à un accident de saloperie, mais bien à un trait structurel, ignoble, de la manière dont le monde des hommes n’est toujours pas celui des femmes.
Alors oui, je suis misandre.
C'est à dire que si j’aime DES hommes, des hommes qui m’ont prouvé maintes fois que pour eux j’étais un être humain, qui ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour que leur monde soit aussi le mien, et que j'y sois sinon heureuse, du moins sans peur...
en revanche, je n’aime pas LES hommes et, avant de les considérer eux-mêmes comme humains, j’attends qu’ils fassent leurs preuves.
Parce que c’est comme ça :
aujourd'hui, je n'ai /nous n’avons plus le luxe de vous accorder la présomption d’innocence.
Désormais, le fardeau de la preuve vous revient, messieurs.
Faites ce qu'il faut.
Moments de solitude d'écrivain.e
Ce moment où une lectrice cite une phrase. Que tu approuves que tu la trouves très chouette et que tu rajoutes, ravie :
-- Je m'en souviendrai.
la lectrice (avec des grands yeux) :
-- Euh, c'est dans votre livre...
Pirouettes possibles :
-- "En fait, je l'ai pas lu"
-- "Enfer mon masque tombe, tu as découvert mon secret : j'ai un ghost writer"
Bon, "j'ai une mémoire de merde" ça marche aussi mais c'est moins glam ^^
Allez on va aux 500 000
https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-5158
Non à la loi Yadan qui risque de criminaliser tout soutien à la cause palestinienne
Signez la pétition
on est 50 000 déjà
https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-5158
Il était un petit navire*
David Guiraud et Bally Bagayoko étaient de braves petits marins LFI venus de Seine-Saint-Denis.
Tous deux étaient propalestiniens convaincus, tous deux ont louvoyé dangereusement, disons, avec des propos qui ne relevaient pas toujours de la cause palestinienne, mais qui pouvaient parfois sembler aborder carrément les côtes pourries de l'antisémitisme.
Ils devinrent tous deux capitaines de leur ville.
Mais lequel des deux fit la une ? Qui subit une marée de commentaires malveillants sur tous les réseaux sociaux et aux 20 heures ?
On nous explique tranquillement que tout le monde est traité pareil, qu’on est tous sur le même bateau. Que les polémiques naissent naturellement, comme les tornades au printemps.
Étrange, quand même, cette météo sélective.
Deux élus, mêmes combats affichés, mêmes zones grises dans les propos, mêmes ambiguïtés. L’un passe en coup de vent. L’autre se prend la tempête pleine proue, édition spéciale mer du Nord, Gulf Stream de commentaires, pour s’encalminer en plein tribunal médiatique dès qu'il remue une paupière.
Alors bien sûr, on me dira que ce n’est pas comparable. Que le contexte est différent. Que je simplifie. C’est pratique, le contexte, ça permet de tout justifier.
Mais à force, le doute s’installe, et le canot tangue. Pas besoin de crier au complot pour voir qu’il y a des hiérarchies implicites dans ce qu’on choisit de montrer, d’amplifier ou d’oublier. Et après ça, on s’étonne que certains parlent de traitement différencié.
On appelle ça de la victimisation. C’est plus simple que de regarder le problème en face et de cesser de nager dans des océans de racisme maquillé en sargasses.
Et n'empêche, c'est pas la petite baleine blanche de Roubaix qui se prend le harpon des commentaires "éthologiques" de PMU estampillés Michel OnfrayTM (mieudefermersaieule).
* J'adore les métaphores marines depuis Proust, pardon, pardon.
Mes gasconnismes
"Par chez nous"
localisation (à géométrie variable) du paradis sur Terre, où tout est fait comme il faut, c’est-à-dire comme on a toujours fait, c’est-à-dire comme on le fait là, enfin ici. Bref, pas chez vous.
Le périmètre exact varie selon les circonstances, mais reste généralement contenu dans un rayon d’environ six kilomètres carrés autour du lieu de naissance de l’interlocuteur. Au-delà, on entre déjà dans le pittoresque, voire dans le franchement suspect, pour finir en terra draconis.
Les gens du village d’à côté ne sont pas de "par chez nous", ergo, ce sont presque des sauvages. Pas forcément méchants, mais enfin bon, ils n’ont pas les bonnes habitudes, ils disent chocolatine avec l'accent bizarre de Bagnères.
Exception notable : la cousine Léocadie, qui était un peu fêlée mais avait du cœur, et qui a épousé un gars de là-bas, rencontré à la foire DE LA VILLE.
Ville : toute agglomération dépassant le millier d’habitants, avec au moins un rond-point inutile (voire un FEU TRICOLORE) et une boulangerie qui fait des choses compliquées.
Mon arrière-grand-mère, qui avait le sens de la nuance, appelait les habitants du hameau voisin "les touristes."
Ils vivaient pourtant à deux kilomètres, mais enfin ils n’étaient pas d’ici, ce qui, vous en conviendrez aisément, est une circonstance aggravante.
Quant aux gens de l’Isle-en-Dodon, à quinze kilomètres, ils entraient sans discussion possible dans la catégorie des "estrangers."
Prononcé avec cette douceur particulière qui signifie : “on les tolère, mais de loin, et pas trop longtemps.”.
Au-delà, c’est simple : c’est l’inconnu, si on avait des vaisseaux spatiaux, on pourrait les y envoyer pour des missions de cinq ans.(prière de n'en rien ramener de nouveau, ce qu'on cherche , c'est une nouvelle mine de canards)
On ne peut rien attendre de gens nés "par chez eux" et qui, les malheureux, mettent du beurre dans les haricots, ou pire, oublient l'ail dans la soupe (et partout ailleurs) .
La mécanique du galion
Il y a des années de ça, je faisais un voyage avec un pote vers un festival. C’était prévu. On avait dormi chez lui la veille, sa femme m’avait accueillie fort gentiment. J’avais dormi dans la chambre de leur fille. Et voilà que pendant le trajet, le pote commence à naviguer out of the blue dans les eaux troubles de « ma femme et moi ne partageons plus rien » (moi in petto : Tu lui as demandé son avis ? parce que c’est pas évident du tout à la voir ) ramant dans le marécage des « Elle s’en fout si je vais voir ailleurs » ( ça non plus, mon vieux, elle m’a surveillée toute la soirée) suivi d’une jolie plongée vers les abysses de « du moment que c’est en festival et que ça reste en festival » (c’est surtout que comme elle n’y va jamais, tu peux magouiller autant que tu veux sans te faire prendre).
Bref, la flotte Turque tournait autour de Venise et elle avait des objectifs assez clairs en ce qui concernait l’abordage de la place Saint Marc, en l’occurrence mon cul.
Je me fous un peu de l’adultère bourgeois j’avoue, mais j’ai toujours trouvé l’hypocrisie répugnante. Surtout quand elle croise sur deux eaux en même temps.
(Fin de la métaphore maritime, promis).
Quoiqu’il en soit, j’ai répondu à ça comme on me l’avait présenté : en louvoyant en vue des côtes. (Pardon).
En gros, j’ai déclaré, out of the blue moi aussi, que j’étais contente d’aller là-bas parce que j’y retrouverai quelqu’un dont je pensais que je lui plaisais et que c’était réciproque, vu qu’on s’était donné rendez-vous. Ce n’était pas tout à fait faux mais pas vrai non plus. Le reste du voyage s’est passé dans un long silence malaisant. Et deux cents kilomètres dans ces conditions, c’est TRÈS long. Même si on ne les compte pas en miles nautiques.
La vérité toute nue (même en omettant le contexte marital) c’était qu’il me révulsait physiquement depuis toujours. Et le dialogue que nous venions d’avoir n’avait surtout rien arrangé.
Mais je ne pouvais pas le lui dire. Je n’arrivais pas à l’époque à dire « non, je ne te désire pas ». Il fallait des prétextes. D’autres mecs en sociétés écrans, une tornade, les règles, des récifs, un cancer, un voeu chevaleresque etc. J’ai mis des années à me défaire (un peu) de ce conditionnement qu’on colle aux filles.
Dire non, n’est jamais facile pour personne, mais surtout pas pour nous. Et c’est à deux niveaux :
-- D’abord parce qu’on est formatées à plaire et à rendre la vie agréable... aux mecs.
Et ensuite parce que deep deep, on SAIT :
-- on sait que si on dit non, violence peut s’ensuivre.
Et ça n’a pas loupé d’une certaine manière.
L’ex pote (désormais) s’est mis à raconter partout que je m’étais jetée à sa tête, alors que, ô gourgandine que j’étais, je savais bien qu’il était marié à une perle (dans sa coquille bien à l’abri des garces dans mon genre).
La mécanique est fascinante quand on la regarde à froid : pour sauver sa propre image, il faut inventer un récit dans lequel la femme devient coupable. C’est automatique chez eux.
Et ce qui m’a frappée, ce n’est même pas la bassesse du procédé. Les humains sont capables de petites lâchetés narratives, on le sait. Non. Ce qui m’a frappée, c’est à quel point je m’étais moi-même censurée en amont pour éviter exactement ça.
Je n’avais pas dit : « Non, juste jamais. Tu me révulses. »
J’avais bricolé une petite fiction diplomatique avec un homme imaginaire qui m’attendait au festival, espérant que ça suffirait à détourner le Titanic (arf). Et malgré toutes ces précautions, malgré la courtoisie, malgré les détours… la sanction sociale est arrivée quand même, tel l'iceberg inopiné au milieu des eaux tièdes.
Ce jour-là, j’ai compris un truc très simple :
les femmes font souvent énormément d’efforts pour ménager les hommes, et ces efforts ne nous protègent pas ou très peu.
Alors autant dire merde tout de suite.