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@FoucPerotin@bdx.town
Post #1796409
2026-04-25 14:40 UTC
Le dernier texte d’André Markowicz, sur son Facebook, sur la « guerre d’attrition » en Ukraine, pourrait être qualifié par l’oxymore « optimisme sombre ». Le voici, parce qu’il m’a été demandé gentiment… @cyclotopie
Patience….
Science avec patience, disait qui nous savons, le supplice est sûr. Patience, patience (disait l’autre, lui, avec diérèse), patience dans l’azur… chaque atome de silence est la chance d’un fruit mûr…, – et pas même la patience mais la nécessité où nous sommes de résister au temps, – à ce temps long d’une guerre à laquelle la plupart de nos concitoyens ne font plus attention, puisqu’il y en a tellement d’autres (et je ne parle pas de toutes celles qui ont ravagé, qui ravagent et qui ravageront l’Afrique), non, la guerre d’Ukraine – que pourrai-je dire de nouveau, après plus de quatre ans et alors que le journal ouvert d’un écrivain-traducteur que je tiens sur Facebook est devenu, volens nolens, une espèce de chronique du siècle, une chronique dont je ne sais pas quoi pour qu’elle ne reste pas sur cet espace ouvert à tous les vents et toutes les publicités qu’est le royaume de Zuckerberg. – Sujet à part et sujet, donc, pour plus tard… Mais oui, continuer encore, puisque ça continue et que ça continuera.
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L’impression que les choses bougent. – Les attaques ukrainiennes sur les infrastructures pétrolières ont, visiblement, à elles seules, privé la Russie du cadeau que lui faisait Trump avec sa guerre contre l’Iran. Oui, le monde s’est encore enfoncé d’un cran, de deux ou trois crans, dans la crise, mais la Russie n’a jusqu’à présent tiré aucun profit de l’augmentation des prix du pétrole. Parce que les raffineries sont attaquées avec une précision et une violence toujours accrues. – Le port pétrolier de Tuapsé, dans le nord-Caucase, continue de brûler, – la ville est engluée dans une fumée noire, les gens voient tomber une pluie de gouttelettes noires, les autorités continuent de faire comme s’il ne se passait rien : là, tout récemment, c’était la plantation d’une allée d’arbustes pour marquer le souci écologique de la municipalité… ce qui donne les photos grotesques que vous voyez – on plante un arbuste, en présence de tout le conseil municipal, et, derrière, il y a cette fumée monstrueuse. Ces photos, dirait-on, sont celles d’une Russie redevenue soviétique, quand il ne se passait jamais rien, même pendant les premiers jours de Tchernobyl. – Les ports brûlent. – Ça ne veut pas dire que la Russie ne gagnera plus d’argent avec son pétrole, – les analyses de Hana Gauer le rappellent avec une acuité remarquable (cliquez sur son dernier article) – mais ça veut dire que l’Ukraine est toujours plus capable de frapper la Russie, et que ses attaques ne faiblissent pas, bien au contraire. – Les frappes contre les infrastructures d’un côté, – de l’autre, sur le front et autour du front (le front, avec les drones, est aujourd’hui une notion très floue), – les drones ukrainiens détruisent le matériel russe (au point que les centaines de millions de dollars gagnés par le pétrole s’effacent, ou du moins diminuent drastiquement, devant le coût de la destruction du matériel militaire), et, surtout, les hommes de troupe, – les soldats pris un à un. Et cela aussi, c’est l’image de la résistance ukrainienne : oui, l’Ukraine s’acharne, jour après jour, sur les hommes de troupe, pour deux raisons. D’abord, pour compenser, de jour en jour, l’afflux de nouvelles recrues : aujourd’hui, la Russie n’arrive plus à recruter – les volontaires n’arrivent plus en nombre suffisant pour compenser les pertes, et, mathématiquement, ce sont les effectifs globaux de l’armée russe qui s’étiolent… L’autre raison, plus importante encore, est d’ordre psychologique : les hommes sous uniforme russe savent que porter cet uniforme les condamne à mort, et que les drones, de plus en plus précis, ne leur laissent aucune cachette, aucun abri – ils entrent dans les trous, dans les abris, sous les ruines sous lesquelles les hommes tentent de se cacher, ils savent (parce qu’il réagissent à la chaleur du corps) distinguer un soldat allongé déjà mort et un soldat allongé par terre et qui fait semblant, – les envahisseurs n’ont pas un instant de répit. – Les Russes aussi, bien sûr, utilisent les drones, mais tout ce que je lis et que je vois des experts militaires confirme l’évidence : ce sont les Ukrainiens qui, sur ce terrain-là, dominent, et qui ne cessent de s’améliorer (quel mot… ).
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#Ukraine #Russie #AndreMarkowicz
Replies (1)
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(Patience… post Facebook d’André Markowicz, suite)
L’Ukraine est toujours en action, toujours tendue vers une résistance active, j’allais dire inventive, et c’est bien cela qui frappe. On en arrive à ce paradoxe : non seulement l’Ukraine a l’armée la plus puissante en Europe, mais c’est l’armée la plus innovante, et, malgré les dénégations de Trump, c’est bien l’Ukraine qui apprend aux USA comment combattre les drones « low-cost » utilisés par l’Iran, – lesquels drones peuvent, comme nous le voyons, mettre quasiment à genoux la puissance américaine. – C’est l’Ukraine qui apprend à toutes les armées de l’OTAN (dont elle n’est toujours pas membre) les techniques de la nouvelle guerre, – pas celle des armements à des millions de dollars pièce, mais la guerre pauvre… Et c’est l’Ukraine qui, aujourd’hui, traite d’égale à égal avec les puissances qui, voici quatre ans, lui apportaient une aide si parcimonieuse, et si orientée… Pas pour la faire gagner, comme nous savons, mais, juste comme ça, pour « éviter l’escalade ». Aujourd’hui, l’Ukraine résiste aux pressions « amicales » de ses alliés pour ne pas trop attaquer les terminaux pétroliers, – parce que ces attaques peuvent, elle aussi, jouer sur le prix des matières premières. – D’un côté, comme le souligne Hana Gauer, elle rouvre sa section de pipeline Droujba, et la Slovaquie et la Hongrie vont recevoir leur pétrole, mais, en échange, elle, elle reçoit le prêt de 90 milliards que lui interdisait le véto d’Orban… – Sachant que, justement, ces 90 milliards sont un prêt, et que, ce prêt, l’Europe a tous les intérêts à le lui accorder…
Une chose est sûre : au bout de quatre ans, l’Ukraine n’est plus « l’assistée du monde libre ». Elle est sa défense et son partenaire.
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En Russie même, les photos de Tuapsé disent la réalité : non, ça bouge vraiment. Poutine a annoncé lui-même une récession de 1, 8% pour les deux premiers mois de 2026, ce qui est gigantesque, et, évidemment sous-estimé, parce que les statistiques officielles sont toujours biaisées. Mais il annonçait lui-même que ces chiffres touchaient l’ensemble de l’économie, – tous les secteurs, et c’est la première fois qu’il admettait une chose pareille. Jusque-là, le discours officiel était que « l’opération spéciale » n’avait fait que profiter à l’économie russe, et que les « substitutions d’import » (ou quel est le terme français pour dire ça ?) fonctionnaient à plein.
Imagine-t-on Poutine reculer ? Évidemment que non. La question posée est celle de savoir s’il a les moyens d’accroître encore son effort de guerre. – Les Ukrainiens tuent ou blessent tous les jours quelque chose comme 1000 hommes (souvent plus, rarement moins) pour, en définitive, contraindre Poutine à prendre la seule mesure qu’il ne veut pas prendre : décréter la mobilisation (on a vu, fin 2022, l’effet catastrophique qu’avait produit l’appel de 300000 conscrits). Je ne doute pas qu’il finira par le faire, et que tout mène à cela, – surtout, aujourd’hui, la suppression de facto, des liaisons internet, – disons le ralentissement global (sans parler de l’interdiction de Télégram et de Youtube). La chape de plomb est supposée être totale, le moment venu. – Mais la Russie, avec une récession toujours plus forte (rien ne laisse à penser que les mois de mars et d’avril seront meilleurs que janvier et février) peut-elle fournir la logistique pour les mobilisés ? Il semble bien que non.
Sur le front, en tout cas, ni en mars ni en avril, la Russie n’a plus avancé du tout, et la grande offensive annoncée pour le printemps – lancée sur tous les fronts – a, jusqu’à présent, échoué dans l’œuf, avec les pertes que nous savons. C’est l’Ukraine qui reprend du terrain, – des reconquêtes infimes, pourtant, – qui, en elles-mêmes, sont tout sauf décisives. Mais voilà, jour après jour, ça continue, – ce qu’on appelle « l’attrition » (un mot que j’ai découvert il y a quatre ans). Epuiser l’autre en essayant de s’épuiser un peu moins.
Patience, patience… Tous les jours, depuis plus de quatre ans, essayer de le dire, tout ça, – de dire ce qui ne peut pas se renouveler, parce que c’est toujours pareil. Pareil et pas pareil, pourtant, comme les jours qui passent. Et, dans le fracas des jours, tenter d’apercevoir le bourgeon, – à défaut du fruit mûr.
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