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2026-06-05 05:31 UTC
Michel Onfray, avec la finesse et l’analyse qu’on lui connaît ces dernières années jette ses anciens collègues sous le bus avec des clichés qui étaient déjà plus éculés que des caligae lorsque ma grand-mère est entrée à Fontenay-aux-Roses en prépa.
(Oui parce que je sors d’une famille de profs à 8 quartiers, on a la noblesse qu’on peut et celle-là ben je la renierai pas).
Il y a en particulier un de ses « arguments » qui m’énerve tout particulièrement depuis genre... toujours :
Le sketch du prof qui « fait le même cours depuis sa sortie de l’IUFM* », c’te feignasse.
Ce qui me stupéfie dans cette critique marronnière », c'est qu'elle semble ne s'appliquer à absolument aucun autre métier.
Genre ma banquière va changer son formulaire de prêt, tous les six mois, c’est plus fun.
Et les maçons : construire encore des murs en 2026 ? Quel manque de créativité, un vrai professionnel devrait inventer un nouveau concept de gravité tous les deux ans.
Les médecins ? Vous n'allez pas soigner des angines toute votre carrière quand même ? Un peu de sérieux, au bout de vingt ans, il serait temps de proposer un organe inédit ou une nouvelle forme de boyau, en variant les formes et les couleurs.
Les musiciens ? Ah non, ça va pas du tout. Un pianiste qui joue encore Mozart après trente ans de métier ? Quel glandeur ! Il n'a qu'à inventer une nouvelle gamme de notes tous les matins.
Et puis les écrivains, n'en parlons pas. Toujours les mêmes vingt-six lettres. Franchement, où est l'effort , le mérite, le défi ?
Le plus con, c'est que les mêmes qui se moquent du « même cours » sont souvent les premiers à exiger de l'expérience et à râler parce qu’on a balancé un stagiaire (école) ou un interne (médecine) à leur bébé.
Moi, je croyais bêtement qu’en réalité on attendait d’un professionnel qu'il ait fait son métier suffisamment longtemps pour savoir ce qu'il fait.**
Oui, j'explique encore ce qu'est une métaphore (et j’aime ça, et c’est ma joie). Comme mon collègue de maths explique encore Pythagore. Comme un prof d'histoire parle encore et toujours de la Révolution française. Comme un moniteur d'auto-école explique encore où se trouve la pédale de frein. ***
Une des différences déjà, c'est qu'en face, ce ne sont jamais les mêmes élèves.
Car malheureusement, oui, avouons-le, les élèves ont la fâcheuse habitude d'intervenir dans le processus. C'est très gênant pour la reproductibilité industrielle du produit. Une classe de 2005, une classe de 2015 et une classe de 2025, c'est trois planètes différentes. Les références changent, le vocabulaire change, les difficultés changent, les programmes changent, les outils changent. Même les œuvres changent. Donc si j’avais voulu faire le MÊME cours qu’à l’IUFM toutes ces années-là, il m’aurait fallu des prodiges d’inventivité vachement plus éreintants que remettre tout à plat from scratch. Il faut parfois une énergie titanesque pour parvenir à rester immobile. Et puis on se fait chier. Forcément.
Et si faire toujours le même cours était si facile, il suffirait d'enregistrer une vidéo une bonne fois pour toutes et de fermer les établissements. On a essayé pendant le COVID, ça n’a pas rencontré une adhésion nationale, il me semble.
Il y a un vieux fantasme qui consiste à croire qu'un cours est un objet. Un truc qu'on sort d'un tiroir comme une vieille chaussette, propre, repassée mais un poil trouée quand même.
En réalité, un cours, c'est une conversation de 55mn renouvelée toutes les heures de votre vie de prof, avec trente êtres humains dont quinze ont mal dormi, cinq sont amoureux, trois sont en guerre contre l'univers, leur mère, leur père, le voisin et le reste, deux ont oublié leur trousse et un est persuadé que Napoléon a combattu les dinosaures avec un sabre laser prêté par Katniss.
Si quelqu'un pense qu'on peut faire exactement le même cours dans ces conditions pendant quarante ans, je l'invite cordialement (dans son cul) à venir essayer.
Je lui prête même ma place.
Juste après les corrections, parce que les copies, elles aussi, ont l'insolence d'être différentes chaque année. Quelle absence de professionnalisme de leur part !
* Ou l’ESPE si vous n’êtes pas un dinosaure.
** Mais bon, prof est aussi le seul métier que je connaisse où tout le monde sait mieux que le professionnel.
*** Je sais pas comment font ces gens, je serai moniteur mon pied serait calé à mort sur la pédale de frein justement et on démarrerait jamais, je connais mes élèves.
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